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Quelle place pour les génériques OTC ?

D’après Le Quotidien du Pharmacien

Difficile pour les génériques OTC de se faire une place sur un marché de l’automédication où la marque reste un des principaux leviers de vente. Facteur de choix pour certains, outil de fidélisation pour d’autres, le prix des génériques OTC est un argument de poids dans l’offre des laboratoires qui les commercialisent. Mais leur attractivité n’est pas toujours flagrante face aux princeps qu’ils étaient pourtant censés concurrencer.

Représentés dans 34 classes thérapeutiques (sur 171 commercialisées en OTC), les génériques OTC sont généralement désignés sous dénomination commune – nicotine, carbocistéine, diosmine, ibuprofène et minoxidil étant les cinq premières du marché – mais portent aussi parfois un nom de marque « fantaisie » comme Alopexy (Pierre Fabre).

Relativement restreint quant à la largeur de son offre, le segment ne se distingue pas plus par son poids ou son volume. Évalué à 242 millions d’euros (prix fabricant hors taxe) pour 38 millions de boîtes vendues en un an (CMA à mai 2016), il n’occupe que 12 % en valeur (10 % en volume) du marché des médicaments non remboursables et 6,5 % du chiffre d’affaires total des génériques (4 % en volume).

Des chiffres modestes qui ne l’empêchent pas de retenir l’attention de plusieurs génériqueurs (dont Mylan, Sandoz, Biogaran, Teva, Sun Pharma…) convaincus du potentiel qu’il renferme. Sanofi ne l’est pas moins puisque le laboratoire a dédié au segment une gamme de médicaments génériques délivrables sans ordonnance du nom de Zentiva Conseil.

Il est vrai, en premier lieu, que ce segment est censé posséder un atout indéniable, celui du prix. Pourtant, selon une étude de l’AFIPA portant sur le premier semestre 2016, la différence de prix de vente TTC entre les médicaments de marque et leurs génériques (même galénique, même conditionnement) est parfois limitée.

Service rendu au patient

En matière d’antalgie, l’exemple n’est pas probant puisque le prix d’une des spécialités à base d’ibuprofène les plus notoires dépasse de près d’un euro celui de son équivalent DCI dosé à 200 mg/400 mg. Mais sur le segment des voies digestives, certains médicaments de marque sont moins chers – même s’il s’agit parfois de quelques centimes – que les spécialités en DCI, tout comme le sont certains princeps des voies respiratoires.

« Rien ne garantit aux génériques OTC un prix de vente avantageux par rapport aux princeps puisque c’est le pharmacien qui le fixe, mais celui-ci a tout intérêt à appliquer une tarification plus attractive, explique Priscille Godde, directrice marketing chez Arrow Génériques. De cette façon, il fidélise sa clientèle en lui facilitant l’accès à des produits de santé quotidiens et il encourage la consommation de produits génériques en démontrant leur intérêt. » Une démonstration qui, d’une façon générale, est de moins en moins requise auprès des jeunes générations plus mobilisées par la question du prix et peu portées aux préjugés négatifs (l’effet nocebo selon lequel un générique ne peut pas produire d’effet) qu’ont pu supporter ces médicaments.

Outre l’avantage potentiel de leur prix, les génériques OTC bénéficient de la progression dont témoigne leur marché de référence, celui des médicaments non prescrits et non remboursés. Ainsi, les produits de prescription médicale facultative non remboursables ont-ils vu leur vente en valeur (prix fabricant hors taxe) progresser de 5,1 % (+2,7 % en volume) en un an (CMA à fin mai 2016).

« Ce marché progresse sous l’impulsion des déremboursements mais profite aussi beaucoup de la politique en faveur de l’automédication. » À cela, il faut ajouter la loi HPST qui pousse le pharmacien à approfondir son engagement auprès du patient, améliorer l’information sur le médicament, la compréhension de la pathologie, du traitement… « A l’intention du pharmacien, on développe de plus en plus de services destinés aux patients, poursuit Priscille Godde. Or l’OTC et son segment générique font partie des services pharmaceutiques rendus au public et nous y investirons encore d’avantage à l’avenir. »

À la rentrée, Arrow a programmé pas moins de cinq mises en avant et animations à l’officine portant sur les thèmes de la fatigue passagère, l’irritation de la peau, les douleurs spasmodiques, la toux grasse et la fièvre, à l’aide de génériques (magnésium, vitamine C, dexpanthénol, phloroglucinol, acétylcystéine, carbosistéine, paracétamol…) au nom du laboratoire. « Les voies respiratoires, les voies digestives, le système nerveux, les douleurs, sont les plus grands champs d’application des génériques et des médicaments d’automédication et nous projetons de renforcer notre développement dans ces domaines thérapeutiques. »

Mylan, pour sa part, continue de développer sa gamme OTC pour permettre au pharmacien d’avoir une large alternative en DCI également dans son offre de conseil. Dès la fin septembre, le laboratoire mettra à disposition de l’officine des solutions de merchandising pour valoriser ses derniers lancements.

Potentiel

L’importance du prix des médicaments génériques OTC est aussi soulignée par le syndicat professionnel GEMME (Générique Même Médicament). Facteur de choix pour le patient, il offre la possibilité aux laboratoires de séduire la patientèle au moyen d’un élément que le public connaît bien. « Dans l’univers OTC, on sait que la marque joue un grand rôle dans l’acte d’achat, mais le prix peut également être déterminant pour le patient habitué à comparer les spécialités d’automédication », indique Catherine Bourrienne-Bautista, déléguée générale du GEMME.

La possibilité de compléter leur offre est un autre élément attractif pour les laboratoires qui investissent le secteur des génériques OTC. « On y trouve essentiellement des présentations commercialisées par les laboratoires de médicaments génériques et, à ma connaissance, peu d’auto-génériques. » Sous leur impulsion, le segment se maintient à défaut de se développer franchement. En un an, il a ainsi régressé de 0,3 % en valeur (prix fabricant hors taxe) et de 3,4 % en volume.

Une tendance qui ne reflète pas tout à fait la réalité du marché, selon Catherine Bourrienne-Bautista : « Si l’on observe les chiffres de janvier à mai, on constate que la vente des médicaments génériques non remboursables progresse de 1,1 %. C’est une période plus représentative car elle élimine l’impact des mois d’hiver qui peuvent fausser les données annuelles à cause des pics de pathologies hivernales et surtout celui de la grève des médecins généralistes en décembre 2014 qui avait favorisé l’automédication. »

L’AFIPA, qui a étudié l’évolution des ventes en prix TTC pour le périmètre strict des génériques OTC (hors semi-étique non remboursé) sur la même période, parle, pour sa part, de dynamisme, du moins en ce qui concerne deux des principaux segments de l’automédication. Ainsi, les génériques OTC de l’antalgie ont-ils vu leurs ventes en valeur progresser de 13,1 % entre le 1er semestre 2015 et le 1er semestre 2016 et ont gagné 9,3 % dans le secteur des voies digestives. Les médicaments de marque connaissent le même essor, sachant que, dans les domaines de l’antalgie, des voies digestives et respiratoires, ils génèrent la plus grande part de la valeur du marché de l’automédication.

Cette tendance conforte la position du GEMME qui croit au potentiel de développement des génériques OTC, qui pourraient être favorisés, à l’avenir, par le changement de statut de certaines spécialités, mais aussi par les mesures de déremboursement. « L’impact des phénomènes de déremboursement est un sujet que nous prévoyons d’étudier de plus près. »

Publié le 21/09/2016

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